Nadia Benmokhtar : « Les filles doivent penser à leur reconversion »

Entre football et vie professionnelle, Nadia Benmokhtar n’a pas eu à choisir, mais a appris à gérer les deux à la fois. Joueuse au FCF Juvisy Essonne et employée au département Marketing de Carrefour, Nadia nous en dit un peu plus sur sa double casquette. Zoom…

 

 

 

Vous travaillez dans le marketing chez Carrefour, vous jouez au football à Juvisy en parallèle. Quelles différences entre ces deux milieux ?

 

Ce sont deux univers assez proches. Je travaille dans la pub et le marketing, mais dans le secteur du sport, dans le sponsoring. Carrefour est partenaire du Tour de France mais aussi du foot, masculin et féminin. On fait pas mal de choses sur le foot féminin, des animations avec les sélections quand elles se déplacent dans les régions et dans nos magasins. Il y a beaucoup de moments où les deux univers se rapprochent. D’autant plus que Juvisy est également partenaire de Carrefour ; j’ai donc parfois des réunions de travail avec les deux et du coup, je suis partie prenante des deux côtés.

 

Vous côtoyez des personnalités fortes des deux côtés. Peut-on comparer les cadres d’une équipe de foot et d’une société ?

 

Ça se ressemble un peu. Les cadres essaient de donner une impulsion. D’emmener tout le monde vers le haut et de tirer le meilleur de chaque personne. On retrouve toujours différents types de leadership. Certains sont sur le terrain, d’autres dans l’esprit de groupe. Une femme comme Sandrine Soubeyrand ne parle pas beaucoup, mais montre par son exemplarité.

 

 

Racontez-nous un peu votre journée type. Vous jouez moins en équipe première, mais il y a toujours les entraînements et l’exigence qui va avec…

 

Exactement, oui. Depuis cette année, l’entraînement est à 17h30, deux heures plus tôt que l’an passé. Je pars au travail vers 8h00, au siège de Carrefour à Massy. Je quitte le bureau vers 16h30, pour aller à l’entraînement. Ensuite, je rentre chez moi et, si j’ai du boulot à terminer, je me replonge dans quelques dossiers.

 

 

 

Que vous apporte ce travail dans votre vie de sportive ?

 

Tout d’abord, je pense qu’il est hyper important pour une femme de travailler. De toute façon, je ne suis pas professionnelle ; mais même pour celles qui le sont, c’est quelque chose d’éphémère. Nous n’avons pas un niveau de notoriété qui nous permet de vivre toute notre vie sur l’argent encaissé. Dans tous les cas, les footballeuses doivent penser à leur reconversion. Nous sommes un peu en avance, puisque nous enchaînons directement entre nos études et la vie professionnelle ; il n’y a donc pas à penser à notre reconversion, nous y sommes déjà. Après, en tant que personne, pour mon équilibre j’ai besoin de travailler, d’avoir des responsabilités. C’est un métier qui me passionne. J’ai suivi des études de pub et de marketing, je travaille dans les événements sportifs, j’ai la chance d’avoir un métier très intéressant. Je n’ai pas fait de centre de formation, je n’ai jamais été pro. Si du jour au lendemain, on me demandait de ne pratiquer que le foot, je ne suis pas sûre d’en être heureuse.

 

 

Pour continuer sur la reconversion, l’avenir des footballeuses selon vous, c’est le professionnalisme ?

 

De plus en plus de clubs professionnels vont être tentés de lancer des sections féminines. Quand on voit l’impulsion de Paris et Lyon, d’autres vont vouloir suivre ce chemin-là, et ça peut être positif pour le foot féminin. Ensuite, le fait d’avoir des alternatives comme à Juvisy, qui permet de faire du très haut niveau et de travailler à côté, peut convenir à certaines qui n’ont pas forcément envie d’être pro à 100 %. Même en Allemagne, qui est une référence en matière de professionnalisme, les filles sont sur des emplois, sur des formations à mi-temps, pour ne pas couper totalement. C’est important. Une fille pro aujourd’hui, si elle gagne 5000 € par mois, c’est très bien… mais ça dure cinq ou six ans. Je m’inquiète un peu pour certaines qui sont totalement sorties du circuit professionnel très jeunes.

 

 

 

 

Quelle a été votre plus grande émotion sur un terrain ?

 

À Juvisy, j’en ai eu quelques unes. Mais je pense à notre match à Gerland il y a deux ans, contre Lyon. C’était un très gros match de la part de l’équipe. C’était ma première fois en tant que titulaire, dans un tel stade, avec du monde dans les tribunes. C’était un peu une surprise, mais un grand moment au niveau personnel. Il y a aussi toute l’épopée en Ligue des champions l’an dernier, j’ai eu moins de temps de jeu, mais collectivement, c’était superbe.

 

 

Dans les tribunes ?

 

J’ai eu la chance d’assister au France – Ukraine masculin en barrages de la Coupe du monde. Une ambiance assez exceptionnelle. Mais mon meilleur remonte à 2011, France – Canada lors du Mondial des filles. C’était extraordinaire, avec un doublé de Gaëtane. J’étais en tribune avec ses parents, des amis d’enfance. Une ambiance formidable, un super match des Bleues qui ouvre les portes de la qualification, et ma pote Gaëtane qui marque deux fois.

 

 

Au travail ?

 

Je participe à de beaux événements, j’ai notamment vécu deux Tours de France. On passe un mois sur les routes, avec une équipe de 50 personnes. Des belles rencontres, des moments partagés avec des gens passionnés de sport. C’est assez extraordinaire, même si je ne suis pas fan de cyclisme à la base. C’est tout de même le plus gros événement au monde.

 

 

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Crédits photos : fff, Facebook Nadia Benmokhtar