Montpellier passe le cap de Bonne Espérance

En s’imposant de façon fort logique face à un PSG terne (3-0) ce week-end, Montpellier a totalement relancé la course à l’Europe en cette fin de saison. Une victoire aussi jouissive pour les unes que déconcertante pour les autres. La trêve internationale va permettre de bien préparer le sprint final.

Dans le microcosme de la D1 féminine, Patrice Lair est surtout connu pour ses coups de gueule, et son franc-parler. Et on imagine bien que les murs des vestiaires du terrain Mama Ouattara au domaine de Grammont ont dû trembler dimanche après-midi, à la fin d’un match presque à sens unique entre Montpellier et le PSG. Très peu d’observateurs et de supporters pensaient Montpellier capable de renverser la tendance esquissée au match aller au Camp des Loges, lorsque Paris avait gagné sans coup férir contre des Pailladines dépassée (3-1). Ces dernières ont pourtant fait mieux que leurs adversaires, en terminant la rencontre sans avoir encaissé de but, pour la première fois depuis 11 matches en championnat. Abattue, Aminata Diallo s’est montrée lucide au coup de sifflet final : « On n’a pas respecté les consignes », pestait la joueuse au micro d’EurosportOn savait que les dangers contre Montpellier c’était les ballons en profondeur. A chaque but, on s’est fait avoir ». La rage de la joueuse était à la hauteur du revers encaissé par le club de la capitale.

Une hiérarchie se serait-elle renversée ? 

Quand, fin décembre 2016, Paris s’était imposé face à Lyon (0-1), on sentait qu’un bouleversement était possible au sein de la D1 féminine. Les moyens donnés par les dirigeants qataris, qui avaient permis à Paris de regarder l’OL dans les yeux, semblaient porter leurs fruits. Depuis, les galères, administratives (4 points perdus sur tapis vert face à Albi), et sportives (défaites en finale de la Coupe de France et de la Ligue des champions contre Lyon, à chaque fois au tir aux buts, et échec dans le recrutement d’une attaquante) se sont accumulées, et on a l’impression que c’est une autre hiérarchie qui a basculé ce dimanche. Longtemps considéré comme plus proche de Lyon que Montpellier, Paris pourrait terminer pour la deuxième saison consécutive derrière les Sudistes, que Patrice Lair considère depuis longtemps devant, en termes de qualité individuelle.

Dimanche, Montpellier a également livré une prestation collective bien supérieure à celle de son adversaire. Mordantes d’entrée, les Montpelliéraines auraient d’ailleurs pu ouvrir le score bien plus tôt dans cette rencontre. Comme par exemple à la 19e minute, où Sofia Jakobsson, pourtant en bonne position a trop écrasé sa frappe. Comme on pouvait s’y attendre, les absences conjuguées de la capitaine Formiga et de l’internationale tricolore Grace Geyoro côté parisien ont pesé lourd dans l’entrejeu. Et celle d’Erika en défense aussi, puisque la Polonaise Paulina Dudek, titularisée pour la première fois en défense centrale, a multiplié les erreurs. Dominé presque partout, Paris n’a quasiment pas existé devant, Diani gâchant l’une des plus grosses occasions parisiennes en deuxième mi-temps, alors que Maire-Katoto n’a pas peser comme à son habitude sur l’arrière garde adverse. Elle s’est surtout signalée pour son sauvetage sur coup franc, en bloquant la tête d’Anouk Dekker (23e), bien servie par Karchaoui.

« On s’est tiré une balle dans le pied »

La latérale gauche montpelliéraine, qui était passée au travers à Londres cette semaine en Ligue des champions- elle est d’ailleurs directement impliquée sur le premier but de Chelsea –a rendu cette fois une copie très propre. Ça n’a pas été le cas de Katrine Veje, même si le plus important était ailleurs, puisque c’est par les deux autres attaquantes nordiques de l’effectif que la victoire s’est dessinée. Jakobsson, déjà virevoltante mercredi, a inscrit son 7e but de la saison en D1 dès le retour des vestiaires (1-0, 49e). L’irréprochable Janice Cayman n’a ensuite pas tremblé sur penalty (2-0, 66e), avant que l’autre Suédoise du groupe, Stina Blackstenius, ne libère tout un stade (3-0, 75e). Le manque d’agressivité de Dudek sur l’action a coûté cher à Paris, puisque les Montpelliéraines, sous les cris d’un Jean-Louis Saez plus tendu que jamais, ont tenu le score qui leur permet de passer devant Paris à la différence particulière, qui prévaut au classement en D1. « Aujourd’hui on s’est tiré une balle dans le pied. Nous on était venu pour gagner, on a fait un très mauvais résultat », a aussi déploré Diallo.

« Je vais passer une bonne soirée ce soir (dimanche) je pense ! On est trop contentes, pouvait en revanche exulter Jakobsson en fin de rencontre. Il va falloir qu’on gagne tous nos matches, et après on verra si jamais on finit à la 2e place ». « On a fait le match qu’il fallait aujourd’hui. La ligue des champions nous a aidé à tout donner aujourd’hui, et surtout à hausser notre niveau », observait de son côté Janice Cayman, en écho à son entraîneur qui déclarait un peu plus tôt cette semaine que la chute face à Chelsea faisait partie du long apprentissage de son jeune groupe. Et les leçons commencent à prendre, puisqu’en cas de défaite du PSG face à Lyon (le 19 mai prochain), et de parcours sans faute de Montpellier, le club de Laurent Nicollin pourrait se qualifier pour la deuxième saison d’affilée en Europe. Une façon de valider le projet mis en place il y a plusieurs années, basé sur l’émergence de jeunes talents montpelliérains, accompagnés de joueuses étrangères d’expérience (Dekker, Sembrant ou Jakobsson entre autres).

Un revers qui met le projet parisien en péril ?

De l’autre côté du prisme, le projet parisien montre des limites inquiétantes sur la scène nationale, après avoir pourtant atteint à deux reprises, en trois ans, la finale de la Ligue des champions. Mais Paris n’a toujours pas soulevé le moindre trophée depuis l’arrivée des Qataris, et la sonnette d’alarme tirée depuis de nombreux mois par Patrice Lair ne semble pas trouver d’écho du côté de la direction. Les efforts fournis au niveau du staff (avec l’arrivée d’un nouvel adjoint, Bernard Mendy, et d’un directeur sportif, Bruno Cheyrou), ne trouvent pour l’instant pas de répercussion sur le terrain. Le groupe parisien risque d’avoir des maux de tête pendant la trêve, et voilà Paris obligé de gagner tous ses matches et surtout de faire un résultat face à l’OL pour entendre à nouveau la douce musique de la Ligue des champions l’an prochain. Une mélodie sans laquelle l’été parisien risque bien d’être mouvementé…

 

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Credits photos : Vincent Roussel pour Foot d’Elles / MHSC