Lyon et le reste du monde

L’ultra domination des Lyonnaises, championnes de France depuis douze saisons, est-elle un frein au développement de la Division 1 ou bien un atout ?

Samedi, à 14h30, l’Olympique Lyonnais accueille Soyaux dans le cadre de la deuxième journée de Championnat de Division 1 féminine. Si les opérateurs de paris offraient la possibilité de miser quelques euros sur les rencontres des D1, nul doute que la cote des lyonnaises serait extrêmement basse tant la fameuse « incertitude du sport » semble quasi inexistante dès que les joueuses du club de Jean-Michel Aulas entrent sur le terrain. Les adeptes de la langue bois, très nombreux dans le domaine du sport, auront beau essayer de marteler le sempiternel « tout est possible en sport », il faut une sacrée dose d’imagination, voire même une certaine folie douce, pour imaginer l’armada rhodanienne accrochée en Division 1. Un nul ou pire encore une défaite relève de l’exceptionnel.

Une différence de buts de +1255 en 12 saisons

Lotta Schelin, 218 buts en 223 matches officiels sous les couleurs de l’OL. Rien que ça…

L’analyse des statistiques des dernières saisons est en effet très explicite. Sur les 12 dernières saisons, les Lyonnaises ont remporté 241 de leurs 264 matches de Championnat (16 nuls, 7 défaites) et inscrit 1337 buts (moyenne de 111 buts par saison) pour seulement 82 encaissés (moyenne de 6,8 buts par saison) soit une différence de buts de +1255 (invincibilité de 87 matches entre mars 2010 et janvier 2014, toutes compétitions confondues). L’Olympique Lyonnais est un ogre qui accumule les titres (les 12 derniers titres de champion de France et 5 Ligue des champions) et ne laisse que quelques miettes à ses adversaires, comme la Coupe de France remportée l’an dernier par le PSG dans un contexte pour le moins très particulier.

Une domination quasi unique

Dans peu d’autres sports collectifs « majeurs », on trouve la trace d’une telle domination. Seules les filles du RC Cannes en volley, ont été aussi dominatrices avec 20 titres entre 1995 et 2015, dont 18 d’affilée à partir de 1998. En basket, les filles de Clermont se sont arrêtées à 12 titres d’affilée entre 1968 et 1979. Plus récemment, les joueuses de Bourges comptent certes 14 titres entre 1995 et 2018 mais ont abandonné quelques couronnes sur la période de 23 ans. Dans des disciplines plus confidentielles comme le hockey sur gazon par exemple (sport olympique depuis 1908), le Stade français affiche 43 titres, entre 1925 et 2012, mais jamais plus de 8 consécutifs.

Dans tous les sports, il est coutume de dire qu’il faut être deux pour faire un beau match et donc séduire spectateurs et/ou téléspectateurs. A l’heure où la Division 1 féminine a réussi à ouvrir une importante fenêtre médiatique avec la diffusion de l’intégralité de ses rencontres sur les antennes de Canal +, l’ultra domination des Lyonnaises pourrait avoir une incidence sur l’intérêt du grand public. Un peu comme un polar dont on connaitrait dès le début l’assassin.

Dans cette optique, la première journée de Championnat n’est guère rassurante. Tandis que Lyon réalisait son premier festival de la saison face à Lille en marquant 8 buts, le Paris-SG et Montpellier, annoncés comme les principaux rivaux de l’OL, peinaient à s’imposer 1-0, respectivement face au FC Fleury et à Dijon. Heureusement, les performances à répétition des partenaires de Wendie Renard en Ligue des Champions offrent un bel éclairage sur la pratique féminine avec de belles audiences TV et un réel intérêt des autres médias (le quotidien L’Equipe a ainsi plusieurs fois consacré sa Une aux Lyonnaises à l’occasion de leurs finales européennes).

Besoin d’adversité pour se surpasser

Même si l’effectif des Lyonnaises s’est légèrement réduit pour cette nouvelle saison avec plusieurs départs de joueuses parfois frustrées d’un temps de jeu limité dans un groupe quasi exclusivement constitué d’internationales, l’OL, entraîné par l’ancien Nantais Reynald Pedros, sera une fois encore l’attraction de la Division 1 et l’archi favori pour aller chercher un 13e titre.

On peut aussi se poser la question des répercussions d’un manque d’adversité en Division sur les futures performances européennes. La rareté des rencontres serrées ne pousse pas forcément les Lyonnaises à sortir chaque weekend le grand jeu. Quand l’heure des dernières joutes européennes arrive au printemps face à des demis ou quarts de finalistes allemands ou britanniques, il peut être parfois difficile de hausser le niveau de jeu habituel. Le rôle de l’encadrement et en particulier de l’entraîneur Reynald Pedros semble donc être primordial pour maintenir l’effectif à un haut niveau d’engagement. Sacré challenge.

Une vitrine très alléchante

Mais tel le dilemme entre la bouteille à moitié pleine ou à moitié vide, la domination lyonnaise peut aussi amener à une autre vision. L’excellence fascine. Elle peut devenir un réel vecteur de médiatisation. Comme le Paris-SG en Ligue 1 à qui le titre semble promis dès l’entame du Championnat, l’existence d’une équipe ultra dominatrice permet d’avoir une magnifique vitrine susceptible d’attirer des médias non spécialisés, intrigués par le caractère exceptionnel d’une formation. Dans leur région, les autres équipes de Division 1 peuvent « vendre » leur confrontation face aux Lyonnaises comme un choc contre « la meilleure équipe du monde », qualificatif forcément très attractif. De quoi titiller la curiosité des médias et des spectateurs… et compenser un suspense sportif très limité.

Pas question bien évidemment de souhaiter ou même d’espérer des faux pas des Lyonnaises. Mais si leurs adversaires pouvaient maintenir le suspense le plus longtemps possible, nul doute que la Division 1 y gagnerait.


Crédits photos : olweb.fr / R.Mouillaud, DamienLG, S.Guiochon

3 commentaires

  • Vous parlez de la retransmission de tous les matches par le groupe Canal + . C’est en effet une très bonne nouvelle pour le foot féminin, à condition que Canal n’ ait pas des exigences comme on a pu le voir lors de la première journée. Lille recevait Lyon. L’ année dernière la rencontre a eu lieu au Stadium , ce qui a permis une affluence inhabituelle, puisque par exemple les abonnés du Losc masculin, ont pu venir assister au match. Là, les lilloises ont dû évoluer au centre d’ entrainement de Luchin, car à la même heure avait lieu le match de L1 ,
    Losc-Rennes au Grand Stade Mauroy, qui se situe à quelques centaines de mètres du Stadium.
    Il est évident que le but de Canal était de gêner BeIn Sports qui diffusait le match de L1. Je n’ai d’ ailleurs pas compris pourquoi les dirigeants du Losc avaient accepté cet horaire pour les filles. A moins qu’ils n’aient pas eu le choix !!

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