Le Biobanding : quand la taille ne compte plus

présentation du biobanding

Petite révolution dans le football : l’US Soccer passe la seconde avec son programme destiné aux espoirs et introduit officiellement le “biobanding” comme méthode de classification des jeunes. L’idée est de pouvoir optimiser leur formation et les épanouir autant physiquement que psychologiquement, pour obtenir des joueurs bien plus performants.

 

Qu’est-ce que le “biobanding” ?

Il y a à peu près 10 ans, des chercheurs ont commencé à mettre en évidence l’effet de “l’âge relatif” : les enfants nés en début d’année civile ont plus de chances d’exceller physiquement que ceux qui sont nés plus tard. Jusqu’ici rien de bien sorcier. La plupart du temps, les classes d’âges qui régissent les équipes jeunes font évoluer des enfants et des ados de la même année et ils sont jugés sur leurs performances en fonction de leurs équipiers.

Cette classification a un défaut… de taille : en se basant uniquement sur un chiffre, celui de l’âge et de l’année de naissance, il estime que tous les enfants sont égaux dans leur développement physique, à chaque instant de leur vie. Or, il a été mis en évidence qu’il existait une énorme disparité de développement entre 10 et 16 ans. Et comme dans une loi de la jungle du football, ce sont souvent les plus forts et les plus puissants qui restent, éliminant les plus faibles et les plus techniques au profit de la vitesse. Il s’avère bien souvent que les plus grands finissent par perdre leur avantage physique au cours de leur carrière et abandonnent plus vite qu’un profil plus technique.

C’est là qu’intervient le “biobanding” : en plus de la classification classique, le biobanding permet aux coaches de rassembler les jeunes joueurs en fonction de leur maturité physique, effaçant l’idée d’avoir d’un côté les “bons” et de l’autre les “mauvais”. Cela se fait via un algorithme qui permet de définir et calculer le stade de maturité et le développement physique actuels et futurs du joueur. C’est l’âge de développement ou de maturité.

Grâce à cette idée, des groupes d’une même qualité sont constitués et chacun peut donc s’épanouir à son rythme et développer ses capacités personnelles tout en se trouvant dans une bonne dynamique globale. Pourquoi c’est important ? Parce qu’en mettant l’accent sur les plus forts à un temps T, bien souvent les moins forts sont mis de côté. Et il n’y rien de pire pour le mental d’un athlète que de se retrouver sur le banc.

Des bienfaits du bio

On parle donc d’une amélioration des capacités physiques, en permettant à chacun de pouvoir développer son jeu et surtout atteindre ses objectifs personnels : parfois, on sait très bien qu’on ne sera jamais Christine Sinclair, mais ça n’empêche pas d’éprouver de la satisfaction et de la fierté quand on parvient à repousser ses propres limites. Encore faut-il les connaître et en avoir conscience, ce que le système chronologique exclusif ne permet pas nécessairement, en appuyant uniquement sur la performance physique.

Mais on parle également d’une prise de conscience du leadership et de la structure mentale qui prend forme dès le plus jeune âge lorsqu’il s’agit de créer des groupes et d’absolument dédramatiser chacune des places : certains auront une personnalité de leaders, d’autres de suiveurs, et ce n’est pas sale, parce que c’est l’alliance de ces multiples personnalités qui fait la réussite d’un groupe. Or, ce n’est pas nécessairement le cas dans la cour de récréation ou quand on se compare automatiquement au plus fort du groupe. On peut même évoquer un renouveau du plaisir de jouer avec un challenge presque “sur-mesure”. De plus, en prenant conscience de son rôle au sein d’une équipe, l’enfant et le jeune peut comprendre que ce schéma peut se répéter partout, que cela soit dans le cercle familial comme dans la société.

Enfin, il faut également comprendre que ce système ne s’applique pas uniquement à la progression des joueurs mais aussi des coaches et du staff, qui peut se concentrer et comprendre les forces et faiblesses de ses joueurs plutôt que mettre l’accent sur ceux qui sont l’aise à un moment T. Cela concerne particulièrement les Etats-Unis, avec leur propension à vraiment se concentrer sur le physique, alors qu’ils peinent à apporter du technique à leur jeu et leurs équipes nationales.

Parce que l’avenir de l’USWNT, son prestige, ses résultats mais aussi le rayonnement de la NWSL passent par la qualité des joueuses et des équipes d’encadrement, on ne peut que se réjouir de l’expérimentation mise en place dans quatre équipes aux US, appartenant au programme de l’US Soccer Development Academy. En revanche, on pourrait également questionner l’arrivée d’un tel programme alors que les américains ont de nouveau échoué à se qualifier en Coupe du Monde masculine et que l’enchère pour obtenir la Coupe du Monde 2026, menée conjointement avec le Canada et le Mexique, arrive à son terme le 13 juin prochain… En France, certains clubs ont déjà mis en place un tel principe, mais jamais à l’échelle d’un programme de développement.

 

Crédits photos : US Soccer Federation, Coastal Carolina University, Washington Spirit Academy, Seattle Reign FC, Molly J. Smith

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