Laura Flessel : « Aujourd’hui, la diffusion du sport féminin est trop marginale… »

Double championne olympique, six fois championne du monde et une fois championne d’Europe, Laura Flessel est aujourd’hui, très impliquée dans le développement et la promotion du sport féminin. Pour notre plus grand plaisir, la marraine de l’opération « Les 24 heures de sport féminin », a bien voulu répondre à nos questions.

 

 

Pouvez-vous expliquer comment s’est développée l’idée de consacrer une journée entière au sport féminin ? Pourquoi maintenant ?

Au départ, c’est une discussion à bâtons rompus sur le sport avec Christine Kelly. J’ai lancé l’idée d’une journée entière consacrée au sport féminin dans les médias. Ensuite, tout est allé très vite, grâce à la force de persuasion de Christine et aussi à l’adhésion des médias français et étrangers.

Pourquoi pas maintenant ?… Il faut bien commencer un jour si l’on veut faire en sorte que le public s’intéresse davantage au sport féminin. Ça commence par un intérêt accru des médias qui, pour l’heure, ne consacrent que 7 % de leur temps au sport féminin. Comment valoriser les innombrables vertus engendrées par la pratique sportive, si l’information ne passe pas ? Ma retraite sportive me permet d’être force de proposition et d’action pour tenter, notamment, de changer les idées hétéro-sexistes qui sont légion dans le sport.

 

 

Vous êtes la marraine de cet événement. Quel est exactement votre mission ?  

 

Tout comme les autres ambassadrices, je suis à la disposition des médias pour expliquer notre démarche. Je serai aussi sur le terrain pour encourager et participer aux nombreuses initiatives prises par les fédérations, les associations. Je suis épatée par la dynamique qui s’est mise en place en un laps de temps aussi court ! Ce foisonnement d’idées montre combien le sport féminin est riche, diversifié et captivant. Il a vraiment tout pour plaire aux médias et au grand public !

 

Ces 24 heures de sport féminin ne sonnent-elles pas un peu comme un aveu de faiblesse quelque part ? 

On peut dire la même chose de la journée de la femme, de celle des droits des enfants ou de la pauvreté dans le monde. Au départ, il y a une idée, une étincelle. Ensuite, à nous les sportives et à vous les médias d’entretenir la flamme, de la faire grandir et perdurer. Cette journée dédiée au sport féminin ne sera une réussite que si elle est suivie d’un changement de comportement notoire de la part des médias, notamment. Si le grand public est davantage familiarisé avec le sport féminin, il s’y intéressera. Aujourd’hui, la diffusion du sport féminin est trop marginale (7 %) et les clichés à son endroit ont la dent dure ! C’est tout cela qu’il faut changer, petit à petit.

 

 

 

A cause du manque de visibilité, le sport féminin peine globalement à trouver des sponsors et des partenaires… Avez-vous vous-même ressenti cela dans le domaine de l’escrime ?

 

Tout partenaire cherche à savoir ce qu’il gagne à s’associer à un sportif, une sportive. C’est ce qu’on appelle la relation gagnant-gagnant. Comme les médias sportifs consacrent 85 % de leur audience au football, on comprend aisément pourquoi les partenaires sont autant attirés par ce sport. En diffusant plus de sport féminin, les médias contribueront à en donner une autre image. Une image qui intéressera davantage les partenaires. C’est un cercle ; vicieux pour certains, vertueux pour d’autres.

A l’escrime nous n’avons jamais eu beaucoup de partenaires, alors que c’est le premier sport pourvoyeur de médailles aux JO. Une sacrée référence, qui n’a pourtant pas attiré la foule de partenaires escomptée ! Personnellement j’ai toujours eu des partenaires, car j’ai toujours été entourée de professionnels qui ont su me mettre en valeur tout en optimisant mes résultats sportifs.

C’est exactement ce que nous devons faire avec le sport féminin : le valoriser, mettre en avant ses atouts, faire état des performances et n’avoir ni peur ni honte du succès.

 

 

D’après vous, cette journée consacrée au sport féminin pourrait-elle justement donner des idées aux partenaires et sponsors, et permettre de changer un peu la donne ?

 

Oui, en tout cas cela peut amener tout le monde à réfléchir sur la place du sport féminin dans notre société. Et l’on sait que de la réflexion nait souvent l’action ! Ceci dit, cette journée sera une réussite si dans les semaines et les mois à venir, la même volonté d’informer, d’harmoniser les programmations subsiste.

 

 

Selon vous, quel pays pourrait être un exemple à suivre au niveau de la médiatisation du sport féminin ?

J’ai voyagé sur à peu près tous les continents et franchement, je ne me souviens pas m’être dit « Tiens, il passe beaucoup de sport féminin dans ce pays ! ». Je crois que la considération pour le sport féminin, quel que soit le pays, doit être sensiblement la même qu’en France. « Les 24 heures du sport féminin » sera suivi par quelque 194 pays, ce qui impactera près de 243 millions de foyers, d’après les infos du CSA. Notre initiative doit susciter des vocations, engendrer des réflexions, provoquer des réactions.

 

 

Pour finir, y a t-il un sport féminin qui vous a particulièrement marqué en termes de performance et de développement, ces dernières années ?

 

Je pense naturellement au foot. On parle régulièrement de l’équipe de France de football féminin, de l’équipe de l’Olympique Lyonnais, du PSG ou de Juvisy. Certes, le suivi de ces équipes se fait essentiellement par le biais de médias privés, lesquels assurent à eux seuls 95 % de la couverture du sport féminin à la télé. Sur la télé publique, les résultats de sport féminin relèvent plus de l’anecdote que d’un suivi professionnel. Lorsque je regarde certaines émissions sportives, je me fais cette réflexion : « Quand les médias vont-ils nous prendre au sérieux ?… »

Pourtant, nous sommes toutes très appliquées dans notre préparation, dans les combats que nous menons au nom de la France sur les terrains du monde entier, dans les « Marseillaise » que nous chantons avec fierté. L’abnégation est une vertu toute féminine, qu’on se le dise !

 

 

 

 

Crédits photos : CSA, Stéphane Kempinaire©