France-Nigéria : Debever et Oparanozie, de l’En Avant au face-à-face

La France et le Nigéria s’affrontent ce vendredi (21h00) à la MMArena du Mans. Une occasion inespérée pour les deux Guingampaises Julie Debever et Désiré Oparanozie de peut-être croiser le fer au cours d’un match international. Foot d’Elles en profite pour faire démarrer la confrontation un peu plus tôt.

 

La Bretagne, c’est une tradition gastronomique qui fait saliver, ses Dolmens, et des clubs de foot historiques, comme l’En Avant Guingamp, où évoluent l’attaquante Désiré Oparanozie et la défenseure Julie Debever (pour sa première sélection avec les A), qui s’affronteront peut-être ce vendredi (21h00) lors de France-Nigéria. L’occasion d’opposer les points de vue des deux Rocs de l’équipe Guingampaise autour de cette rencontre, et de la suite de leur aventure en club.

Le Nigéria :

Julie Debever : « On en a parlé un peu avec Désiré, c’est vrai qu’on était contentes de se retrouver en sélection l’une contre l’autre. Après, qui jouera je n’en sais rien… Quand je vois le gabarit de Désiré, j’ai un peu une idée sur la qualité de l’équipe du Nigéria physiquement (sourire) ! Je pense que ça va être une équipe difficile à jouer dans les duels, mais après c’est une belle affiche ! On verra l’issue de la rencontre, mais nous déjà on a fait nos pronostics entre nous (rires) ! Désiré nous a dit qu’elle marquerait un ou deux buts, on verra !

Désiré Oparanozie : Mercredi dernier, quand j’ai vu son nom sur la liste, j’étais très heureuse ! Je suis allée la voir pour lui dire, et on a rigolé ! J’espère qu’elle pourra être sur le terrain pour qu’on s’affronte !

Concernant le Nigéria, je dirais que nous sommes bonnes dans tous les compartiments du jeu. Que ce soit la défense, le milieu de terrain où l’attaque, nous avons à chaque fois des joueuses de qualité. Il y a une bonne relation d’une part et d’autre du terrain. C’est ce qui fait notre force, le collectif.

La plupart de nos compatriotes jouent au Nigéria, mais pour ce match amical, nous en auront une majorité de joueuses qui évoluent à l’étranger, à peu près 80% de l’effectif. Beaucoup évoluent en Suède, comme notre capitaine Rita Chikwelu (Umea IF). Il y a aussi Osinachi Ohale (Vittsjö) ou encore Sonia Okobi (Eskilstuna United), Josephine Chukwunonye (Asarum), et Faith Ikidi (Pitea). Mais on a d’autres joueuses qui évoluent aux Etats-Unis par exemple, comme notre attaquante Francisca Ordega, qui joue avec les Washington Spirit ou encore en Chine, avec Asisat Oshoala (Dalian Quanjian). Actuellement, c’est la meilleure joueuse d’Afrique ! Elle a un bon jeu de passe, elle contribue beaucoup au jeu de l’équipe, elle n’hésite pas à redescendre pour prendre part à l’animation offensive… Et puis il y aura moi bien sûr, mais aussi Ugo Njoku, qui joue en deuxième division ici en France (à Ambilly-Croix-de-Savoie, NDLR).

Mon dernier match avec la sélection remonte à cette finale de la CAN contre le Cameroun, où j’ai marqué, mais c’était… en décembre 2016. Je n’ai pas joué avec l’équipe nationale depuis. En fait notre fédération n’a pas pu organiser de match ou de tournoi avec nous. Toutefois, début janvier, il y a eu un tournoi à Abidjan pour les équipes féminines de l’Afrique de l’Ouest, mais cela n’a concerné que les joueuses qui évoluent au Nigéria (les « Super Falcons » se sont imposées lors de leurs trois rencontres, face au Togo, au Sénegal et au Mali, NDLR).

C’est vrai que c’est une situation particulière. La fédération française de football fait beaucoup de son côté pour que la France progresse, que leurs joueuses aient du temps de jeu, tandis que, dans notre pays, ils ne prêtent pas trop attention au football féminin, ils ne s’intéressent qu’aux hommes. Ils n’organisent pas de match pour nous, c’est pour ça qu’il y a autant de laps de temps entre deux matches.

Pour l’instant je ne sais pas si je jouerai pour la prochaine coupe d’Afrique des Nations (qui se déroulera du 17 novembre au 1er décembre 2018, NDLR) ! Tout dépend du coach, et puis il faudra voir si Guingamp me libère, mais j’espère y aller évidemment. Si j’ai confiance ? J’ai bel espoir que nous participions à la Coupe du Monde en France l’an prochain (il faudra finir parmi les trois premiers de la compétition, NDLR), mais je sais que, en même temps, ce ne sera pas si facile, parce que toutes les nations en Afrique se développent, et essayent de se hisser à notre niveau, comme le Cameroun, l’Afrique du Sud, le Ghana, la Côte d’Ivoire, la Guinée Equatoriale, la Namibie… Donc ça risque d’être un combat acharné.

La France :

D. O. : Pour jouer contre beaucoup d’entre elles chaque week-end, l’équipe de France a énormément de qualités. Que ce soit en défense, en attaque avec Eugénie Le Sommer, ou Amadine Henry et Aminata Diallo au milieu… C’est très prometteur. Je suis un peu nerveuse avant de jouer cette rencontre à vrai dire ! Cela fait 4 ans maintenant que je joue en France, et c’est la première fois, depuis que je suis ici (puisque j’avais joué contre la France lors de la Coupe du Monde 2011), que je dois jouer contre elles en équipe nationale. Mais ça me rend très enthousiaste aussi ! Leurs faiblesses ? Au fil des ans, je les ai souvent observées, et d’un point de vue personnel, leur point faible reste le milieu de terrain. Je pense que c’est le principal chantier auquel ils s’affairent, ils devraient travailler la façon dont ils distribuent le ballon, comment ils transmettent à l’attaque, comment jouer de façon plus compacte, toutes ensemble…

J. D. : Ma première sélection en Bleue ? J’avais fait les U19, l’équipe de France B et les A’. Mais comme ça faisait 4 ou 5 ans que je n’étais plus appelée, c’était inespéré pour moi d’être avec les A ! Ce qui prédomine, c’est l’envie de tout donner. Je sais qu’avec Corinne Diacre on a la chance d’avoir une porte ouverte, et c’est ce qui m’a donné encore plus envie- même si je suis bosseuse par nature –d’optimiser ma récupération et de me donner un maximum de chances. Comme en plus je suis passée pro cette année, c’était l’occasion ou jamais.

Notre sélection est en progression, il y a de super joueuses, un niveau incroyable… Ça fait longtemps que je suis cette équipe, mais là je suis ébahie… Je suis à côté des meilleures joueuses de France, je suis en pleine apprentissage chaque jour. La venue de Corinne Diacre fait aussi beaucoup de bien au sein du groupe. On risque de proposer une belle équipe pour la Coupe du Monde 2019.

Le fait de jouer l’une contre l’autre :

Ce qu’elle aime quand elle joue avec l’autre ?

D. O. : Julie est une défenseure très intelligente, elle a une façon de poser le jeu qui est impressionnante. Elle calcule tout sur un terrain. Lorsqu’elle tacle, 90% du temps elle récupére le ballon ensuite. Et puis elle est très forte dans le domaine aérien, c’est ce que j’aime le plus chez elle, c’est une super défenseure !

J. D. : J’aime bien avoir Désiré de mon côté parce que c’est une joueuse athlétique, qui a du mordant, qui est capable de garder le ballon même si elle est entourée de 3 joueuses. Elle fait beaucoup d’efforts pour une attaquante, et elle est assez altruiste. Et puis j’aime bien l’avoir avec moi parce que c’est une belle personne également. Je l’adore, c’est quelqu’un de bien, qui a beaucoup de valeurs, c’est mon amie !

Ce qu’elle « n’aime pas » quand elle joue contre l’autre ?

D. O. : Ses tacles forcément ! Parfois quand elle me tacle ça me fout en rogne (rires) ! A l’entraînement, quand on se retrouve en face à face, c’est un vrai combat.

J. D. : Disons qu’on a une qualité un peu similaire, c’est-à-dire qu’athlétiquement, « Dési », elle est brut ! Et moi aussi je peux l’être. Donc au niveau des duels, dans les airs par exemple, je peux rivaliser avec elle, et c’est vrai que parfois, il y a beaucoup d’impact… Mais ça reste toujours très amical (rires) !

La fin de saison avec Guingamp :

D. O. : Ça n’a pas été une très bonne saison pour nous, parce qu’on a eu beaucoup de pression, avec la possibilité d’une relégation, mais il nous reste 5 matches (l’interview a eu lieu juste avant la 18e journée, NDLR) et je suis désormais très optimiste : nous allons rester en D1. Parce qu’on a joué toutes les meilleures équipes du championnat, Lyon, le PSG, le Paris FC ou Montpellier… On va donc pouvoir se battre jusqu’au bout, et je suis sûre qu’on va ramener des points importants pour rester dans l’élite. Que ce soit face à Lille, Fleury, Albi ou Marseille, on va chercher la victoire à chaque fois. Pour être sûres de se maintenir, il faudra qu’on obtienne 6 points lors des 5 derniers matches (en comptant celui face à Soyaux où Guingamp l’a emporté 1-0, NDLR). A titre personnel, j’espère atteindre la barre des dix buts d’ici à la fin de la saison. Actuellement j’en suis à 6 buts, avec 5 matches à jouer, donc j’espère que j’y arriverai, ce serait une bonne nouvelle pour l’équipe !

J. D. : On est à 4 points du premier relégable, c’est très serré. Je ne suis pas dans le comptage des points. Je me dis qu’on a un calendrier plus favorable que nos concurrents directs. On se dit que sur 4 matches, avec les adversaires qu’on affronte et compte tenu de notre effectif, on devrait quand même sortir avec des points et du coup être en bonne course pour le maintien. Il va surtout falloir ne pas perdre de points, mais si on peut gagner les 4, on ne va pas se gêner ».

 

 

Propos recueillis par Vincent Roussel

Crédits photos : FFF / Getty Images / Vincent Roussel pour Foot d’Elles / Pascale et Franck Perrin

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