D1-J19 : Le maintien, c’est dans la tête

lutte pour le maintien
Alors que la course pour le maintien s’annonce palpitante, comment les joueuses gèrent-elles la pression qui les guettent depuis- parfois – le début de la saison ? Relaxation, méthode couet… chacun ses méthodes. Et ça tombe bien, car plus que les jambes, c’est surtout la tête qui, selon les joueuses et entraîneurs, est la plus à-même de vous garantir un futur en D1.

La légende de la NBA Kobe Bryant a ceci d’extraordinaire qu’en plus d’un talent inné ballon en main, il a surtout affiché tout au long de sa carrière un état d’esprit incroyable. Certains le traiteront d’arrogant, d’autres de fou, toujours est-il qu’il affirmait avec sérieux que : « La pression n’existe pas ». La marque des champions, car ils sont peu, tous sports confondus, à pouvoir en affirmer autant. Ainsi, le footballeur du Barça André Gomes, dévoré par cette même pression, a expliqué « avoir honte de sortir dans la rue », à cause de prestations en deçà des attentes. Surtout, dans l’entretien accordé au magazine Panenka, il a confié qu’il n’arrivait plus à prendre du plaisir sur le terrain. Un comble pour ce joueur habitué à jouer dans le haut de tableau, dans l’un des meilleurs clubs du monde.

 « Je ne me suis jamais dit qu’on descendrait »

A une autre échelle, comment imaginer le quotidien de nos joueuses de D1, surtout celle qui sont confrontées au maintien depuis le début de la saison ? Loin de Lyon, du PSG ou du MHSC et des clubs plus ou moins bien installés dans la première partie de tableau, comme le Paris FC, Bordeaux, ou Soyaux, il y a bien évidemment les Marseillaises (12 pts), les Ruthénoises (15 pts), mais aussi les Albigeoises (16), les Lilloises (17), les Floracumoises (18) et enfin les Guingampaises (19).

Evidemment, il n’y aura personne pour vous dire que tout est fini, et qu’il ne faut pas y croire jusqu’au bout. Au-delà de la démagogie, ce discours a surtout valeur de leitmotiv pour des joueuses qui peuvent, même dos au mur, réaliser l’impossible. Ce fut le cas de Bordeaux l’année dernière, à qui l’on avait promis l’enfer après 2 défaites face à des concurrents directs (Metz et Albi), à 4 journées de la fin de la D1. « Dans le vestiaire (après la défaite à Albi, NDLR) ça a été très très dur », se rémémore Delphine Chatelain, arrivé à la hâte en janvier 2017 pour sauver une institution en danger. « Je ne me suis jamais dit qu’on descendrait », affirme pourtant la joueuse, qui avait déjà connu pareille mésaventure avec Toulouse, en 2011. « Et la preuve que toutes les filles ont pensé à peu près comme moi, c’est qu’on n’est pas descendu ! Si on n’avait pas eu un minuscule espoir de se dire qu’on aurait gagné, on n’aurait pas fait une telle fin de championnat ». Car c’est après 1 victoire contre Marseille et deux nuls face à Juvisy, puis Paris pour conclure, que les Bordelaises ont assuré leur maintien sur la ligne d’arrivée.

 Solidarité et préparation mentale, cocktail parfait

Cette année, l’équivalent des Girondines n’est autre que l’OM, qui traverse une saison compliquée et est pour l’instant dernier, avec un calendrier corsé : Après Paris ce week-end, lors d’un Classico aussi tendu qu’important, les Sudistes vont aller à Lyon, puis se mesurer à Rodez et enfin Guingamp. L’équipe bretonne, en souffrance depuis le début de la saison a su relever la tête, en gagnant 2 de ses 4 derniers matches, face à Soyaux (1-0), mais surtout face au PFC (3-1) il y a 2 mois. Une victoire dûe à l’abnégation de sa numéro 9, Désiré Oparanozie, buteuse en Ile-de-France et qui reconnaît les tourments qui ont pu l’accabler certains soirs post-rencontres : « Forcément parfois, après certains matches, on rentre à la maison en étant tristes, déçues… Mais quand on revient à l’entraînement le lundi, on oublie tout ça », affirme toutefois la Nigériane.

« Avec les filles, les coachs, on est positifs à propos de ce qu’on veut. On se concentre sur le prochain match, en s’encourageant et en se motivant mutuellement, afin de s’améliorer en vue de la prochaine partie, et de continuer à pousser dans le bon sens. On s’entraide et on se soutien beaucoup », explique Oparanozie, en écho aux propos de Jérôme Dauba, le coach Bordelais pour qui l’élément fondateur du maintien est la cohésion de groupe. « Ce qu’on a vécu sur les 4 derniers matches l’année dernière avec les joueuses, ça a été quelque chose de très fort sur le plan humain. Parce qu’on a été là les uns pour les autres. Du coup parfois cette année, alors qu’on était en mauvaise posture on a été capables de gagner ou d’égaliser dans les arrêts de jeu. On a eu les ressources mentales parce que le groupe est très fort, il y a une grosse cohésion, la star c’est l’équipe », reprend le coach aquitain pour expliquer, en partie, la bonne saison de son club, actuellement 5e malgré une mauvaise série de 5 matches sans victoire.

 « Un derby ça ne se joue pas, ça se gagne ! »

Dans la même optique, Rodez, 11e va affronter trois concurrents directs d’ici à la fin de saison, et surtout le rival, Albi, ce week-end, dans un derby là encore brûlant. Une union sacrée qui motive l’incompréhension de Flavie Lemaître : « Ce qui est très frustrant cette année c’est qu’on a un groupe qui vit bien ! Je ne dis pas qu’il vivait mal les saisons précédentes mais le groupe est plus solidaire, plus harmonieux, que les années précédentes. On a un groupe joueuses plus staff qui fonctionne très bien ! Ce qui est frustrant, c’est qu’on travaille beaucoup, on met énormément de rigueur, on s’implique énormément… Mais on fait trop de matches nuls ». Ca ne devrait pas être le cas ce week-end puisque, comme l’affirme la vice-capitaine adverse, Manon Rouzies, un point devant le RAF au classement : « Un derby ça ne se joue pas, ça se gagne ! »

A Albi justement, les dirigeants ont fait quelque chose de rare dans un monde du foot pour qui cerveau et performance vont de plus en plus ensemble. Depuis 4 ans, Romain Bruno suit le groupe albigeois, en (grande) partie en tant que préparateur mental. « Pour être performant, il y a une obligation, c’est ce qu’on appelle la congruence entre trois verbes d’action : le pouvoir, le vouloir et le devoir, expose ainsi celui qui s’occupe également de la communication du club, notamment sur les réseaux sociaux. Le vouloir c’est toute la sphère affective par rapport à l’action qu’on doit mettre en place. Le pouvoir c’est la capacité qu’on a à le faire, et le devoir c’est le sentiment d’obligation qu’on a à le faire ».

 « Une balance entre les ressources qu’on nous demande et celles qu’on a »

Avec lui, les filles de l’ASPTT qui le souhaitent effectuent régulièrement des sessions de groupe, où chacune prend la parole : « L’objectif c’était de recréer une dynamique positive pour la fin de la saison. Parce qu’il y a une usure mentale qui se fait, et si les problèmes ne sont pas réglés en amont, c’est en fin de saison qu’on voit les conséquences et il est déjà trop tard ! », dixit celui qui a également travaillé avec les espoirs du MHR, club leader de Top 14 cette saison. En plus d’une responsabilisation de l’athlète et de la gestion « de leur double voire de leur triple projet (sportif, professionnel et affectif) », il travaille aussi, lors des séances régulières et/ou individualisées, sur la gestion du stress : « En fait le stress c’est une balance entre les ressources qu’on nous demande et celles qu’on a. Quand on n’a pas assez de ressources pour la demande, obligatoirement il va y avoir du stress. Là on va avoir un match important, donc les coaches, l’entourage, appuient fortement sur la demande. Un de mes travaux ça va donc être d’appuyer sur leurs ressources et ce qu’elles sont capables de faire, tout en allégeant un peu la demande, puisque de toute façon ça restera toujours qu’un match de foot, même si c’est un match important ». « Son travail nous permet d’avoir une vraie cohésion d’équipe, qui nous permet de nous aider chaque année, appuie Manon Rouzies. C’est vrai que [le derby] c’est un match à enjeux, on joue notre maintien sur un match comme ça, donc il faut dédramatiser »

Pas de problème de jambes qui tremblent non plus pour Flavie Lemaître qui affectionne la situation : « Il y a énormément de motivation. A l’heure actuelle, quand je joue contre Lyon, ce n’est pas mes meilleurs matches. Je préfère 10 000 fois jouer contre un concurrent direct sur ce genre de match, que jouer contre Lyon ou Paris. Certes il y a des internationales, c’est prestigieux de jouer contre elles, mais ce sont les meilleurs matches à jouer parce que ce sont des matches à enjeu ! ». De son côté, le roc défensif de l’Essonne Teninsoun Sissoko, reléguée avec Saint-Etienne la saison dernière avoue : « Pour moi le mental c’est 99% de la joueuse, donc à partir du moment où il n’y est pas, peu importe la joueuse, c’est compliqué ! ». Rien de bien important non plus pour elle, qui reste sereine malgré les évènements et rappelle ne s’être vraiment senti en danger la saison dernière qu’au bout… des 4 derniers matches. Cette fois la menace est moins prégnante, et la qualité de cette équipe de Fleury (18 pts), qui compte un match en moins, devrait lui permettre de rester loin des profondeurs.

Mixer jeunesse insouciante et vieille garde rassurante

De l’avis de beaucoup de sondés, l’expérience est enfin évidemment primordiale. « L’an dernier on a de très jeunes joueuses qui ont fait leur match, mais il a fallu qu’elles soient accompagnées par les plus anciennes », rappelle Jérôme Dauba, avant d’enchaîner : « L’insouciance de la jeunesse, c’est surtout important sur les postes offensifs ! On le voit avec Emelyne Laurent qui nous fait une demi-saison extraordinaire l’an passé (5 buts en 9 matches, NDLR)». Un peu comme à Lille, où la jeune (22 ans) Ouleymata Sarr, arrivée en provenance du PSG cet été, est finalement l’une des plus anciennes de ce jeune groupe. Bien sûr, elle côtoie aussi des joueuses expérimentées (Jana Coryn, 25 ans ; Ludivine Bultel, 28 ans ou encore Maud Coutereels, 31 ans). Et pour l’instant, le cocktail prend bien, puisque Lille, 9e avec deux points d’avance sur le premier relégable, et Ouleymata Sarr, qui réalise sa meilleure saison à titre personnel (8 buts), ont leur destin entre leur main. Les nerfs devraient toutefois être mis à rude épreuve lors du match de ce week-end face à Guingamp. Ne vous étonnez donc pas : Si les têtes chauffent, dimanche, ce ne sera pas seulement à cause du retour du soleil.

 

Classement D1

Calendrier D1

Tous propos recueillis par Vincent Roussel

Crédits photos : Vincent Roussel pour Foot d’Elles / Mica GB M PhootoRafettes / FCGB.com

Laisser un commentaire