Coupe de France : Soyaux fous !

L’ASJ Soyaux se présente comme le petit poucet de ce dernier carré de Coupe de France, dont les deux matches auront lieu lundi (21h00). Déjà une très belle récompense pour ce club au budget très inférieur à celui des derniers concurrents en lice. Mais les Sojaldiciennes ne comptent pas en rester là, face au PSG, à qui elles ont déjà donné des maux de tête cette saison.

 

Elle n’a regardé la rencontre que « 10 minutes, tout au plus ». Mais Romane Munich, la gardienne de l’ASJ Soyaux, l’affirme : la qualification de l’OM, jeudi soir, en finale de la Ligue Europa chez les hommes « est la preuve que tout est possible. Pas beaucoup de monde voyait Marseille arriver là ! Tout est possible en Coupe », affirme la portière sojaldicienne, qui veut croire que la même bonne fortune pourrait arriver à elle et ses coéquipières en Coupe de France féminine lundi.

Un exploit en ouverture du championnat

Bien que, quoiqu’il arrive, Soyaux a déjà fait le plus dur, en assurant presque officiellement son maintien en D1 (l’ASJ est 6e, à 5 points de la 11e place). « Ce match c’est un peu un bonus », explique Sébastien Joseph, qui avait déjà atteint ce stade de la compétition il y a deux ans avec Rodez. Les Charentaises ont notamment pu compter sur un départ canon (10 points en 4 matches), rassérénés par le point du match nul (1-1) arraché lors de la 1ere journée à… Paris.

Mais le début de l’hiver a coïncidé avec le début des ennuis pour Soyaux, incapable de l’emporter lors de 10 matches d’affilée. « Ça a été une période assez longue », se remémore le tacticien, pour qui 2018 a aussi sonné comme un nouveau départ. Alors que la série se prolongeait en championnat, il voyait son équipe franchir un à un les paliers qui l’ont amené à de si hautes altitudes nationales. D’abord contre l’AS Mazères (8-0, en 32e), puis contre le RC Saint-Denis (5-0), deux équipes de DH facilement écartées. « On a eu un tirage clément, qui nous a permis de faire ce parcours là, mais on a aussi su remettre les ingrédients qui étaient importants dans la Coupe ! », s’enthousiasme Joseph, qui, a aussi disposé de La Roche (D2, 4-1) en huitièmes, avant de faire céder le Havre (4-0), une autre équipe de DH, au tour précédent. Des succès qui ont permis à ses joueuses de retrouver aussi le sourire en championnat, selon le coach.

« On espère que les supporters de Soyaux et d’Angoulême vont venir nombreux à Lebon »

« On a fait le boulot, on a su se qualifier et prendre tous les matches au sérieux, raconte Laura Bourgouin, la meilleure réalisatrice sojaldicienne (5 buts) en championnat. Peut-être que ça a libéré les filles, mais je ne sais pas si c’est lié, parce qu’on a- sans leur manquer de respect -rencontré que des équipes inférieures à nous. Gagner nous a redonné de la confiance sûrement, mais après ce n’était pas non plus des matches de niveau D1, il ne faut pas se mentir ». Pas de quoi expliquer donc le succès précieux des joueuses de Soyaux face à Marseille (2-1), puis Rodez (3-2) en D1, avant ce nul (1-1) décroché face au Paris FC fin avril. A chaque fois, les coéquipières de Bourgouin ont ramené des points à domicile, et c’est aussi ce qui risque de compter lundi soir : « C’est vrai qu’on a la chance,  à Soyaux, d’avoir un bon public, composé de fidèles, de supporters, qui poussent l’équipe. Ils sont là dans les moments fastes comme dans les moments difficiles. On est ravi de jouer chez nous, déjà parce que c’est première fois cette saison en Coupe, et aussi de pouvoir offrir cette rencontre à notre public ! », savoure l’ancien entraîneur de Rodez, qui jouera pour la troisième fois de la saison à Lebon. « On espère que les supporters de Soyaux, mais aussi ceux d’Angoûleme vont venir de manière massive au stade », poursuit-il.

Un vœu similaire à celui de Laura Bourgouin qui redoute toutefois le manque de repères de son équipe sur ce terrain. Une donnée sur laquelle compte aussi Patrice Lair, le coach du PSG : « L’avantage de Lebon c’est que c’est un grand terrain, par rapport au terrain Léo Lagrange qui est un peu plus bosselé, et sur lequel il est plus difficile d’évoluer ». Il le sait, pour l’avoir vécu avec Lyon en 2014, lorsqu’il s’était imposé 3-0 dans ce même stade, avant d’éprouver plus de difficultés à Léo Lagrange. Grand favori de cette rencontre, Paris peut de son côté, s’appuyer sur un parcours plus qu’honorable : victoire (2-0) face au PFC en seizième, puis face à Rodez (5-1), avant de faire tomber Saint-Etienne à l’extérieur en quart (3-0). Le club de la capitale, qui court toujours après son premier trophée depuis 2010 (la Coupe de France justement), va être remonté à bloc, surtout que Lair est bien décidé à remuer le couteau dans la plaie : « Si je vais utiliser le match aller dans ma causerie ? Bien sûr ! C’était un match où elles [ses joueuses] s’étaient relâchées, qu’on devait gagner largement. C’était une alerte, une équipe qui nous avait posé problème, ils avaient progressé, et c’est certainement la meilleure équipe amateure de la division 1. Ils ont un bon coach, ils travaillent bien depuis des années… », félicite-t-il son adversaire, contre qui il ne compte pas y aller à la légère.

Un évènement pas si anodin pour Soyaux

Il pourra pour cela compter sur un effectif au complet, où seule Formiga, revenue de la Copa America avec une petite douleur au genou, est incertaine. « C’est une autre équipe que le début de saison ! Il fallait les prendre à ce moment-là, et heureusement pour nous ça nous est arrivé. Là je pense que ce ne sera pas du tout la même rencontre, les mêmes circonstances », abonde Laura Bourgouin. En tout cas, les Sojaldiciennes comptent bien profiter d’un moment qui n’arrive pas tous les jours. « C’est la 5e demi-finale du club en Coupe de France en 50 ans d’existence », souligne Sébastien Joseph. Elles ne sont pas beaucoup dans le groupe à avoir déjà pénétré le dernier carré, à l’instar de Laura Bourgouin qui était même allée en finale avec Le Mans en 2009, au gré d’un parcours où elle avait notamment sorti… Paris en 16es de finale.

« C’est une demi-finale, donc si personne n’est motivé là… », insiste la buteuse, qui sait que rien ne ferait plus plaisir au peuple de Soyaux qu’une nouvelle victoire, qu’elle voudrait aussi dédier à ses coéquipières Gwendoline Djebbar, Cathy Couturier et Justine Deschamps (qui doit même arrêter le foot en raison d’un problème aux cervicales), sur la touche depuis plusieurs mois pour des blessures graves. « Le fait que la finale (prévue le 31 mai, NDLR) soit à Strasbourg ça me motive encore plus, parce que je viens de là-bas et qu’il y aura toute ma famille », explique Romane Munich. Elle pourra compte sur le facteur X de cette année 2018 côté charentais, Danielle Tolmais, qui a explosé les compteurs depuis son arrivée en provenance de Saint-Malo en janvier.

Paris gonflé à bloc

Avec 5 buts toutes compétitions confondues et 6 pions de plus sous le maillot de l’équipe de France B, la franco-américaine donne plus d’options à son équipe sur le plan offensif. De quoi soutenir la comparaison avec Marie-Katoto pour le PSG ? « Au vue de ses performances, de ses stats, on est obligé d’être extrêmement attentifs sur elle », admet Sébastien Joseph, qui sait déjà qu’il a permis à l’ASJ de franchir un palier. Les 20 000 euros attribués aux demi-finalistes par la FFF devraient en effet servir à développer en partie ce club exclusivement féminin dont le budget (600 000 euros) reste modeste. « Surtout qu’en plus de ça on a mis tout un projet en place avec la professionnalisation de l’équipe », raconte l’entraîneur. Et ce lundi (21h00), Soyaux a une bonne occasion de prouver qu’il veut passer dans une autre dimension.

 

Tous propos recueillis par Vincent Roussel 

Crédits Photos : ASJ Soyaux, Vincent Roussel pour Foot d’Elles, Majid Bouzzit, Foot féminin-Limousin, Foot Belles.

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