Candice Prévost, au carrefour des voix

Ancienne footballeuse internationale, consultante sur Eurosport, très impliquée dans diverses instances du football féminin, femme de tête et d’humour, Candice Prévost est aussi — le saviez-vous ? — une chanteuse à la voix envoûtante à la tête de son groupe WHENTEN. Et ses divers talents n’ont d’égal que sa cordialité.

 

 

 

 

Après l’arrêt de votre carrière de joueuse (dont 9 ans passés au PSG), vous êtes aussitôt devenue consultante, d’abord sur D8, puis Eurosport. Comment s’est opérée cette transition pour vous qui êtes à la base professeur d’EPS ? L’aviez-vous envisagée ?

 

J’étais encore joueuse lorsque j’ai débuté avec D8 sur le tournoi de Chypre, un peu par hasard, en remplacement de Sandrine Roux. J’ai accepté avec plaisir car c’était un moyen de garder contact avec le terrain, les joueuses, mes amies et coéquipières. Ça me permettait aussi d’avoir toujours une réflexion sur le jeu, sachant que j’avais passé mon Brevet d’État quelques temps auparavant. J’étais un peu sceptique au départ sur mes compétences en tant que consultante, mais je n’ai pas trop réfléchi et me suis lancée. L’expérience a été très sympa et voilà !

 

Vous officiez aujourd’hui sur Eurosport qui fait un gros effort sur le football féminin depuis plusieurs années. Un magazine 100 % foot féminin est annoncé pour la saison prochaine. Pouvez-vous nous le confirmer ? Et en ferez-vous partie ?

Oui, je vous le confirme, absolument. Après, je ne sais rien pour l’instant sur l’organisation prévue. Concernant ma participation non plus. Ceci dit, et sans trop m’avancer, je suppose que Cécile Locatelli et moi aurons l’occasion d’y collaborer.

 

Vous faites en général équipe avec Thomas Bihel et Cécile Locatelli, plus Romain Balland en homme de terrain. Les rôles et tâches entre Cécile et vous sont-ils répartis à l’avance de manière précise ?

 

Nous avions été briefées avant notre premier match ensemble car ce n’est pas forcément facile de jongler à trois. Cécile a peut-être un rôle d’analyse plus tactique et stratégique, un peu détaché du terrain et de l’action immédiate. Je suis plus dans la description de celle-ci, expliquer comment le but a été amené et inscrit par exemple.

 

Votre « ton » de consultante est vite décelable : un mélange de sérieux sur le fond et de légèreté, d’humour même, sur la forme. Une image-miroir de votre personnalité ?

 

J’aime bien votre analyse car oui, je pense qu’il faut prendre les choses avec sérieux tout en prenant un peu de hauteur, car ce n’est que du football, un jeu. Mais la fonction oblige à apporter le maximum de précision aux abonnés. Ça me correspond assez bien, oui. Je sais être sérieuse quand il le faut, mais j’ai aussi besoin de dédramatiser et de sourire et je pense que l’on peut « entendre » mon sourire, même si on ne le voit pas. Je suis quelqu’un de très nature et j’aime ces deux aspects qui me correspondent vraiment.

 

 

En ce moment, on parle beaucoup d’égalité entre les sexes. Vous-même avez récemment participé à la FFF à un séminaire sur la féminisation, vous êtes aussi directrice nationale adjointe de l’UNSS (Union Nationale du Sport Scolaire) et membre du bureau exécutif de la LFA (Ligue de Football amateur). Quel regard portez-vous sur toutes ces campagnes simultanées et convergentes et, selon vous, quel est le point majeur à traiter dans le proche avenir ?

 

Tout ce qui peut permettre aux femmes de s’investir et d’être mieux représentées va dans le bon sens, mais encore faut-il qu’elles-mêmes le veuillent. Les femmes s’interrogent souvent sur leurs propres compétences, alors que les hommes n’hésitent jamais. Je suis en faveur d’ouvrir au maximum toutes les portes possibles. Il faut foncer ! Certaines femmes se sont battues pour être à ces postes. Il faut investir l’espace. Mais cet investissement doit avoir un sens pour elles… Se focaliser sur un point particulier serait peut-être réducteur. L’obligation de parité et le système des quotas sont à prendre avec des pincettes. La parité effective est peut-être un peu utopique, mais si l’on ne force pas quelque part, la femme n’ira peut-être pas s’investir d’elle-même et les instances auront tendance à l’immobilisme. La présence des Bleues dans un package médiatique a été forcée au départ, mais on connait le résultat positif qui a suivi.

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Venons-en au terrain. A un an et demi de la prochaine CM au Canada, comment jugez-vous la situation du football féminin dans le monde, après l’explosion de 2011 ?

 

La situation est assez hétérogène. Le foot féminin est culturellement bien établi dans certains pays comme les USA ou le Canada, alors que dans les pays latins c’est plus compliqué. Les volontés des fédérations nationales ne sont pas non plus toutes identiques. Ça a explosé en 2011, notamment en France, mais je reste très prudente, tout reste à confirmer… Après, techniquement et tactiquement, on a vu de belles choses à l’Euro, compétition très difficile, avec l’exemple du Danemark.

 

Comment jugez-vous le niveau de la D1 en 2014 ?

 

Ça avance, notamment grâce à la professionnalisation progressive des clubs ou la venue de grandes joueuses étrangères… Comment rendre la D1 plus homogène et équilibrée, en évitant ce fossé entre les 4 grands et le reste ? Grande question ! La réponse est sans doute dans la volonté ou pas des clubs de mettre les moyens nécessaires. Mais bon, c’est encore l’argent qui fait la différence. Louis Nicollin ou Jean-Michel Aulas ont montré la voie, mais c’est compliqué, et il ne faut pas oublier tous ces clubs qui vivent avec difficulté à tous les niveaux. De vrais chantiers sont à organiser autour des structures de la D1 ou D2.

 

Candice, vous êtes aussi une brillante chanteuse soul-rock avec votre groupe WHENTEN, un trio acoustique, qui assure des reprises allant de « Dock of the Bay » d’Otis Redding à « Eleanor Rigby » des Beatles, en passant par « Superstition » de Stevie Wonder. J’avoue un faible personnel pour votre interprétation de « The Story » de Brandi Carlile… Comment êtes-vous venue à la chanson, et quelle place cette activité tient-elle dans votre vie très chargée au quotidien ?

 

Oui, ce n’est pas facile et je la laisse un peu de côté en ce moment pour bien remplir mes diverses missions. J’ai toujours aimé chanter. Petite, je jouais du piano, puis suis passée à la guitare, poussée par Laure Boulleau lorsqu’elle est arrivée au PSG. J’ai appris à en jouer grâce à internet, je chantais avec Laure qui m’a vraiment encouragée. Puis je suis allée sur un site de rencontres musicales et ai fini par trouver mon groupe, qui a connu quelques changements jusqu’à sa composition actuelle. Nous nous produisons dans des petites soirées tranquilles, sans nous prendre la tête.

 

 

Terminons par un petit questionnaire express qui va recouvrir vos trois activités, passées ou présentes. Vous n’avez le droit de livrer qu’un seul nom…

 

Comme joueuse :

Votre plus difficile adversaire ?

Marinette Pichon ! Je la regardais jouer, tellement j’étais impressionnée par son niveau…

 

Votre meilleure équipière sur le terrain ?

Ella Masar.

 

La joueuse avec qui vous auriez aimé jouer, ne serait-ce qu’une fois ?

(Après une longue réflexion) Mia Hamm, c’était mon modèle.

 

 

Comme consultante :

La meilleure joueuse au monde en activité ?

Si je dois en dire une seule, alors Lena Keßler… ou Nadine Goeßling (rires) !

 

Avec qui rêveriez-vous de commenter un match ?

Eric Carrière, je le trouve intéressant.

 

 

Comme chanteuse :

La chanson que vous préférez chanter ?

« Hit the Road, Jack »

 

Une chanson que vous adorez, mais que vous n’arrivez pas à chanter, si un tel désastre est possible ?

Plein ! La première qui me vient à l’esprit : « Fast Car » de Tracy Chapman.

 

Avec quel chanteur ou chanteuse auriez-vous aimé faire un duo (les morts sont autorisés) ?

Ayo. Je l’aime beaucoup, pas seulement en tant que chanteuse, mais aussi la personne qui dégage quelque chose de solaire.

 

 

Merci Candice, et rendez-vous sur Eurosport le 1er mars (20h45) pour PSG-Guingamp !

 

Crédits Photos : eurosport, whenten