Amandine Henry, la thérapie du voyage

Mise à l’épreuve aux Etats-Unis, d’où elle est revenue avec un titre de championne nationale dans les valises, Amandine Henry semble plus sereine que jamais. Une assurance qu’elle affiche en dehors des terrains, et qui se reflète souvent en match, où la milieu rayonne. Capitaine de l’équipe de France, et opposée ce lundi soir à Montpellier (21h00), la joueuse et ses proches racontent comment cette expérience l’a rassérénée.

 

 

 

 

C’est une Amandine Henry toute joyeuse qu’on a retrouvé ce week-end. Et pour cause, la néo-Lyonnaise venait tout juste d’avoir trouvé un nouveau logement dans la région lyonnaise, où elle a reposé ses valises ces dernières semaines. « Un coup de cœur », avoue la milieu de terrain, qui semblait très sereine à quelques heures de la réception brûlante, prévue ce lundi (21h00), de Montpellier, pour le compte de la 15e journée de D1. « Ça va être un match important face à une bonne équipe. On sait que ce ne sera pas facile, parce que bien qu’on se soit imposées 5-0 à l’aller , elles vont être revanchardes. Avec l’équipe qu’on a on devrait gagner n’importe quel match, mais il faut faire le travail et rester sérieuse », prévient la joueuse. Celle qui est une habituée des grands rendez-vous, qu’elle illumine généralement de son talent, a dû, on s’en doute, dormir sur ses deux oreilles dimanche soir.

 

« Elle avait fait le tour à Lyon et en France »

Car c’est en reine victorieuse que la native de Lille s’en est revenue sur les terres de ses premiers exploits il y a plus de deux mois. L’image de la joueuse, soulevant le trophée de championne des Etats-Unis avec le reste de ses coéquipières, en octobre dernier, avait été largement relayée en France. L’émoi avait été beaucoup plus grand mais plus confidentiel lorsque, il y a un peu moins de deux ans, l’ancienne joueuse d’Hénin-Beaumont avait décidé de faire ses valises pour traverser l’Atlantique : « Au moment de son départ, elle avait fait le tour à Lyon et en France », se souvient sa partenaire fenotte Eugénie Le Sommer. « Ca faisait 9 ans qu’elle était à l’OL à l’époque, recadre son agent et amie, Sonia Souid. Quand on reste aussi longtemps dans un club, il faut parfois prendre le temps de partir, pour avoir plus de recul et voir autre chose. C’était le cas d’Amandine qui était bien à Lyon quand même ! », tient-elle à rappeler.

Pour l’internationale française, le départ de France pour la première fois de sa carrière ressemble tout d’abord à un saut dans le vide. Qui se transforme très rapidement en voyage expérimental couronné de succès, tant sur le terrain qu’en dehors : « J’ai découvert une autre culture, pratiqué l’anglais, c’était une belle expérience, raconte maintenant la nonuple vainqueure du championnat de France. J’ai pu voir comment elles travaillaient au quotidien, découvrir une autre atmosphère, un autre management, et aussi un autre championnat. Niveau football c’était un jeu complètement différent, beaucoup plus direct ! Elles se cassaient moins la tête sur les cheminements de balles, la possession… Le beau jeu, c’était secondaire ! », explique la milieu de terrain, aussi plongée en plein cœur de l’ambiance si différente du « Soccer » aux Etats-Unis, chez les femmes. En témoigne les 16 000 spectateurs qui occupaient le Providence Park à chaque rencontre à domicile.

 

The American Way of Life

« Ce qui m’a le plus étonné, c’est que sur le plan du coaching, elles étaient autonomes et responsables. Tout ce qui importait c’était d’être performante sur le terrain. Par exemple quand on allait aux mises au vert, ils nous donnaient de l’argent pour qu’on aille manger à l’extérieur, se rappelle-t-elle. Au niveau de la compétition, c’était intense ! Qu’on joue contre le premier ou le dernier on ne savait pas si on allait gagner ». La première saison s’arrête d’ailleurs lors des demi-finales de play-offs, malgré une place de leader lors de la saison régulière. S’ensuit alors, comme elle l’appelle, un courte « pige » de trois mois au PSG. « Je ne voulais pas couper 6 mois complets », rembobine la joueuse qui souffre pourtant alors depuis plusieurs mois d’une pubalgie. Ce qui explique d’ailleurs son arrivée en janvier 2017, après une période de repos obligée suite à l’opération, pratiquée au centre d’Aspetar, au Qatar. « Elle souffrait gravement le martyr. Elle n’arrivait pas à en dormir, elle avait des douleurs abdominales… », raconte Souid, admirative devant le sacrifice d’Henry pour continuer d’accompagner les Thorns (épines en VF) de Portland.

 

Le retour en France s’effectue sous la houlette de Patrice Lair, un entraîneur dont elle est proche, et qui l’admire : « Pour moi c’est le top au milieu de terrain. C’est la seule joueuse française que je connaisse qui puisse casser les lignes grâce à sa puissance. Elle a aussi une qualité de jeu long que beaucoup de filles n’ont pas. Elle peut aussi s’organiser dans différents systèmes, et être un véritable barrage devant la défense, au vue de ses qualités athlétiques, énumère son ancien entraîneur à Lyon, avec qui elle a remporté notamment sa première Ligue des champions en 2011. Au niveau de l’état d’esprit, c’est une fille qui n’est vraiment pas emmerdante. Ce n’est pas elle qui va te perturber un vestiaire », apprécie le coach.

 

Un titre pour couronner le tout

Encore reconnaissante au coach pour ce beau geste, elle repart néanmoins en mars de la même année avec détermination. Et décroche avec l’international canadienne Christine Sinclair et consort le titre de NWSL, 7 mois plus tard. « Ce n’était pas non plus un soulagement, parce que j’étais déjà contente de mon expérience, mais c’était la cerise sur le gâteau, parce que je ne pouvais pas espérer mieux », explique Henry. Et lorsqu’on lui demande si elle serait restée une saison de plus en cas de nouvel échec, la joueuse, qui n’a jamais eu le mal du pays- comme ce fut le cas pour Alex Morgan à Lyon –puisqu’accompagnée de son copain, répond : « J’avais déjà décidé de partir, aussi pour lui. C’était une belle expérience pour nous deux mais il avait besoin de revenir en France pour travailler ! Et moi j’avais en tête la Coupe du Monde en France en 2019 qui se préparait, donc c’était important de revenir ! ».

Chose d’autant plus importante que, depuis le début de la saison européenne, et la nomination de Corinne Diacre à la tête de l’équipe de France, c’est elle qui a récupéré le brassard de capitaine. « Je ne m’y attendais pas du tout ! », relate Amandine Henry encore aujourd’hui, alors qu’elle pensait que sa partenaire lyonnaise Wendie Renard continuerait d’endosser ce rôle. « Je savais que j’allais avoir une responsabilité, mais plus en tant que cadre. Elle [Corinne Diacre] m’a dit ce qu’elle attendait de moi, c’est-à-dire d’être un leader pour l’équipe, de montrer l’exemple, d’être à l’écoute et de faire la liaison entre le staff et l’équipe ». « Ce n’est pas que ça l’a changé mais maintenant elle prend plus de responsabilité, décrypte Eugénie Le Sommer. Elle sent qu’elle a un vrai rôle au sein de l’équipe, donc elle est encore plus investie à ce niveau-là ! Elle fait partie des cadres de l’équipe, tant dans l’expérience que par son niveau. Forcément, sans elle, ce serait plus compliqué de remporter une compétition, parce qu’elle est difficilement remplaçable », précise la buteuse.

 

« C’est comme si je n’étais jamais partie ! »

Si elle n’a jamais perdu le fil avec son amie, même à plusieurs milliers de kilomètres, grâce à sa présence aux rassemblements en Bleues, et à une liaison téléphonique régulière, son ex-partenaire du CNFE Clairefontaine il y a 13 ans, se réjouit de la retrouver sur le terrain en club : « Pour les attaquantes c’est un régal, parce que je sais qu’elle va récupérer des ballons, se projeter vers l’avant pour pouvoir se créer des occasions. C’est une joueuse qui défend en avançant et c’est sûr que ça impressionne ». « C’est comme si je n’étais jamais partie au final ! », se marre Henry, qui ne partage avec son homonyme qu’un sens dévastateur des frappes de balles, en témoigne son but au Mondial 2015 face au Mexique (voir ci-dessous), ou, plus récemment, face à l’Italie avec l’équipe de France. Si elle connaissait déjà le Groupama Stadium, elle a en revanche découvert le Groupama Training Center, qui a remplacé Tola Vologe, où les Lyonnaises avaient l’habitude de jouer et s’entraîner. Pour son plus grand bonheur. C’est dans une équipe renouvelée, et qui semble insurmontable, qu’elle revient : « Si c’est la plus forte qu’elle ait jamais connue ? Je ne sais pas. En tout cas il y a beaucoup de très bonnes joueuses, on est peut-être la meilleure équipe du monde, mais il faut toujours prouver. Individuellement c’est sûr que c’est la meilleure équipe que j’ai connue. Après il faut de la cohésion, que le collectif marche. Mais je ne pourrai pas comparer avec les autres équipes avec lesquelles j’ai évolué auparavant ».

 

Après seulement deux semaines de coupure fin 2017, et la reprise de l’entraînement à Lyon, plutôt qu’à Paris qui l’avait également sollicité lors de son retour- mais qui lui proposait une moins bonne offre contractuelle -la joueuse a retrouvé le chemin de la compétition depuis début janvier : « Je n’étais pas à 100%, après c’est en enchaînant les matches que ça va arriver ». Entre le club et les Bleues, cela devrait être le cas rapidement.

Tant mieux pour l’équipe de France qui se déplacera à nouveau aux Etats-Unis en mars pour disputer la She Believes Cup (face à l’Angleterre, l’Allemagne et les USA) : « Ce n’est pas le premier gros test, puisque l’Allemagne c’était déjà un gros rendez-vous. Mais là ça va être le premier gros test type de compétition, parce que ce seront des gros matches rapprochés, ce ne sera pas à domicile donc il va falloir prendre en compte le décalage horaire, le transport, tout ça… On a hâte d’y être mais ce ne sera pas une finalité non plus, on a bien vu ça l’année dernière puisqu’on l’avait remporté, et que ça ne nous avait pas profité à l’Euro ». En club aussi, les objectifs sont élevés, puisqu’un nouveau triplé est attendu. S’il s’agirait du troisième de sa carrière (après 2012 et 2016), celui-ci serait tout simplement symbolique pour Amandine Henry, qui « fête » le 10e anniversaire d’une opération qui a bien failli briser sa carrière de joueuse.

 

« Elle ne pouvait plus se lever »

 

Une greffe de cartilage au genou qui l’avait empêcher de reprendre la compétition pendant près d’un an et demi. « Quand moi je suis arrivé, on ne savait pas si elle allait pouvoir continuer le football, se rappelle Patrice Lair, qui décide finalement de la relancer sur le terrain. Au début c’était compliqué ! Juste avant un match, on se baladait, et à un moment donné elle s’est assise. Sauf qu’elle ne pouvait plus se lever, parce que son genou était bloqué. Tout ça à trois quart d’heure d’aller au vestiaire ! ». « Maintenant je ne fais plus de travail spécifique sur ce genoux parce qu’il ne me gêne pas », rassure cette passionnée de mode : « J’aime dégager une belle image, parce que souvent on a associé le foot féminin à des garçons manqués, on disait qu’on n’était pas féminines et ça me dérangeait ! Parce qu’avant d’être footballeuses on est des femmes, et ça il ne faut pas l’oublier ». Elle aimerait bien, plus tard, promouvoir sa discipline, mais surtout continuer de partir à l’étranger afin d’échanger et de partager avec d’autres nations sur les différents modes de management. « Je souhaite cette expérience [de partir à l’étranger, NDLR] à tout le monde ! Parce que, au dela du foot, c’est une expérience personnelle enrichissante, on en sort plus grand ! ». A Montpellier de le vérifier dès ce lundi sur le rectangle vert.

 

 

 

Tous propos recueillis par Vincent Roussel 

Crédits photos : Vincent Roussel pour Foot d’Elles / Pete Christopher-Staff / Icon Sport / Sportsfile